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Le blog de patient

Homélie du Fr. Ghislain Ndondji, OFM Ministre provincial A l’occasion des premiers vœux des frères L’shi, le 04 septembre 2001

11 Juin 2012 , Rédigé par patient

Homélie du Fr. Ghislain Ndondji, OFM;Ministre provincial A l’occasion des premiers vœux des frères
                              L’shi, le 04 septembre 2001




Frères et sœurs dans le Christ,
En ce jour béni, où l’ordre franciscain reçoit les nouveaux membres, j’aimerais vous adresser mes salutations dans le Christ. Merci à vous tous qui êtes venus accompagner ces frères qui vont s’engager dans l’ordre des frères mineurs. A vous tous paix et bien, comme aimait le dire st François d’assise.

Chers frères bientôt ex-novices, vous voilà enfin au moment tant attendu depuis que vous êtes  entrés au noviciat. Une année, la route était longue et parfois pénible comme on peut bien l’imaginer. Le temps d’entraînement est terminé, maintenant vous allez commencer la partie, le vrai match de la vie religieuse aussi, avant ce début de votre compétition, aimerais-je vous parler cœur à cœur, dans un langage clair et sans détours de mots.

D’aucun n’ignore que ce moment est vraiment important pour vous, pour nous, pour l’ordre franciscain et la vice-province, ce moment est également important pour toute l’Eglise. J’aurais personnellement beaucoup d’amertumes non seulement moi, mais aussi vos parents, vos familles, les autres confrères si vous ne saisissez pas l’importance de ce moment, le kairos comme on dit. Ce moment n’est pas vous le pensez sans le dire, le moment de fin de travaux du noviciat, ni le moment de commencer à vivre autrement (comme profès), c’est-à-dire de moins en moins obéissant, plus têtu, moins hypocrite, plus libre… Si c’est cela que vous attendez de votre profession, il n est pas encore tard de vous donnez vous-mêmes une carte rouge, comme on le ferait lors d’un match de football. Lorsque vous m’avez écrit pour demander de faire la profession en évoquant « l’expérience faite chez les franciscains », j’ai compris personnellement que vous vouliez obtenir la permission de laisser toutes les vibres de votre être crier à la manière de saint Paul : « je m’élance pour tacher de le saisir, parce que j’ai été saisi moi-même par le Christ ».

Etre saisi par le Christ !!! Mes chers frères, êtes-vous réellement saisi par le Christ ? Vos formateurs et moi-même nous avons fait confiance. Mais croyez-moi, il n’y a pas seulement le Christ qui saisi dans ce monde. Vous n’avez qu’à regarder autour de vous et vous verrez qu’il n’y a pas que le Christ qui saisit. Certaines personnes sont saisies par autre chose que le Christ. Par ce temps qui court, certains sont saisis :

Par l’envie de l’argent. Il cherchent par tous les moyens : honnêtes ou malhonnêtes (vol, prostitution, magie… et pour certains qui se croient encore bons, le plus simple pour avoir cet argent, c’est d’entrer dans une congrégation religieuse ou simplement fonder une secte).

D’autres encore sont saisis par la tendresse que procure le mariage, la femme, les enfants et tous les avantages d’une pareille union. Le religieux que vous allez devenir risque malheureusement d’être la cible sollicitée de ce type de rapport, au risque de voir en vous de maris potentiels éventuels.

D’autres encore sont saisis par une soif intensive ; soif qui ne se laisse jamais désaltérer avec eau. On éprouve une fierté d’appartenir à un même morceau de terre, à une même association tribalo-éthnique. Ce qui pousse certains à former des partis politiques tribalo-éthniques. Malheureusement aussi, vous risquez de trouver ces genres d’associations dans la vie religieuse : des associations tribales, régionales, linguistiques ; au couvent, dans la vie religieuse. Parfois même, nos couvents sont pires que les partis politiques.

Il n’y a jamais eu aucune propagande ou campagne « électorale pour entrer en religion. Nous avons tous été appelés pour partager et vivre l’expérience d’être saisi par le Christ. C’est lui notre seul  parti politique, c’est lui notre nouvelle identité. Et nous autres franciscains vivons cela en suivant les traces et l’exemple de notre père st François d’assise.

Comme le dit saint Paul, un religieux saisi par le Christ n’a plus qu’une seule préoccupation : comme le Christ, connaître la puissance de sa résurrection, la communion à ses souffrances. Tous les autres sujets d’honneur ou de gloire deviennent des ordures pour lui. Le religieux saisi par le Christ ne cherche pas à être doigté comme le phénomène qui par exemple s’envie difficilement et qu’on aurait envie d’amener au concours des buveurs ! Ni encore comme celui qui montre par expérience aux époux chrétiens combien il peut être en cette matière une référence non négligeable. Dieu n’est pas un moyen pour satisfaire nos besoins matériels. Saint Paul souligne : « au point où nous en sommes, marchons dans la même direction », celle de la fraternité, de l’unité et de l’amour. Car tout ce qui sépare, divise et mets dans les directions diverses comme le tribalisme, le régionalisme etc, tout cela vient du diable. Comme vous le savez le mot diable vient du grec « diabolos » ; qui lui-même vient du verbe grec « diabolein » qui signifie divisé, séparé. Donc tout ce qui œuvre dans le sens de la division est du diable.

Mes chers frères,

Vous avez décidé de laisser tous les avantages qu’offre la vie normale. Dites-moi pourquoi avez-vous décidé cela. Pourquoi considérez-vous que tout cela soit désormais ordures ? Pour le Christ n’est ce pas ? Oui, c’est pour lui que vous avez tout quitté et tout perdu. Dans cette logique c’est lui qui perd gagne. Acceptez alors de perdre quelque chose de vous-mêmes pour gagner le Christ. De nos jours, on voit des religieux et religieuses choisir ce texte de saint Paul pour leurs professions, affirmant avoir tout perdu pour sa vocation. Mais juste après, on récupère tout ce qu’on a quitté. Ce qu’on a ouvertement jeté à l’extérieure, devant la grande porte d’une église comme c’est le cas aujourd’hui, tout ce disais-je, on le récupère par des petites fenêtres souvent cachées et inconnues du grand public. On a quitté argent, richesse de ce monde, femmes, enfants etc. Et on récupère tout par la fenêtre : femme ou mari, argent, enfant etc. Il n’y a plus de honte à parler ouvertement de ces choses. Il n’y a plus de honte à en parler ouvertement, car il n’est pas possible de guérir si l’on ne connaît et si l’on n’accepte pas ses propres blessures et ses propres faiblesses.

Le bilan de notre consécration est un cuisant échec. La vie religieuse dans laquelle vous voulez vous engager est déjà malade. En y entrant, n’y apporter pas d’autres maladies et d’autres virus qui risqueraient de compliquer d’avantage le processus déjà difficile de guérison. Les « ebola » dont nous souffrons sont déjà suffisant. Venez au moins avec des nouvelles cures de guérison. Ne venez pas chez les franciscains pour alourdir  avec nos maladies. Venez chez nous comme des prophètes de Dieu : des Moïse, Isaïe, Jérémie, Amos…qui nous interpellent et nous montrent le vrai chemin à suivre. Nous sommes rouillés et usés. Venez nous renouveler et nous apprendre le vrai chemin qui conduit à Dieu. Venez nous interpeller  par votre vie. Soyez des hommes débout, déterminés, prêts à entrer dans le combat de Dieu. Vous ne venez pas chez les franciscains pour vous reposer ou pour dormir. Vous venez pour vous battre. Entrez de pleins pieds dans ces combats. Saint Jean Chrysostome disait : « notre vie est combat…restons donc côte à côte et combattons ensembles, en pensant que tous doivent être sauvés. Encourageons ceux qui se tiennent fermement sur leurs jambes et qui mettent débout ceux qui sont tombés » venez nous mettre débout.

Si vous décidez de vous mettre débout et de nous mettre débout, si vous décidez de vivre notre sainte règle : « observer le Saint Evangile de notre seigneur Jésus-Christ, en vivant dans l’obéissance, sans rien en propre et dans la chasteté », si vous le décidez fermement, vous comprendrez alors pourquoi je vous parle de combat. Ce combat risque de commencer en vous-mêmes. Une guerre risque d’éclater en vous, le combat entre votre ancienne manière de vivre et la nouvelle manière que le noviciat vous a léguée. Cette guerre risque même d’éclater entre vous et votre famille : vos parents, vos frères et sœurs. Cette guerre peut également éclater dans les communautés où vous serez. Sachez qu’aucun prophète n’est accepté chez dans sa propre patrie. Mais n’ayez pas peur. Si l’on vous rejette, l’on vous persécute parce que vous êtes prophète de la vérité, réjouissez-vous. Car c’est à cause de Jésus que vous souffrez tout cela ; c’est cela que signifie perdre, tout perdre. Poursuivez avec courage la course que vous avez commencée au noviciat. Vous serez peut-être persécuté, calomnié, critiqué etc. Ne vous décourager pas. Entendez raisonner la voix de votre maître qui vous dit : « si le monde vous hait, sachez que moi, il m’a pris en haine avant vous » (Jean 15, 18). Et le seigneur continue : « s’ils m’ont persécuté, vous aussi, ils vous persécuteront » (jean 15, 20). Mais, dit le seigneur, ils ne pourront rien vous faire car moi j’ai vaincu  le monde.

Ne laisser par mourir en vous le bébé que le noviciat vient d’enfanter. Le combat dans lequel vous entrer pour sauvegarder ce nouveau-né n’est pas un combat facile. Il est difficile et même très dure. Peut-être même que c’est nous franciscains qui chercheront à vous combattre en premier, si votre vie nous interpelle au plus profond de nous-mêmes. Il vous faut cela des armes efficaces pour entrer dans ce combat : les armes de Jésus l’amour qui va jusqu'à aimer ceux qui vous persécutent, il vous faut une foi intègre et inébranlable, il vous faut une charité et un amour de bonne qualité. Il vous faut surtout une espérance soutenue par une prière personnelle. Soyez des hommes de prière, priez sans cesse, ayez soif de la prière. Soyez des hommes plein d’espérance. C’est de cette façon que vous demeurez dans l’amour du seigneur. Un religieux est un spécialiste des choses de Dieu. Soyez des spécialistes, des cadres full et non des cadres parvenus. Je vous ai dit hier que par votre profession religieuse vous devenez des interdits de Dieu, kijana ya mungu. Consacré au service de Dieu, Muntu wabende wa vindji mukulu. Si vous devenez des véritables hommes d’autrui de Dieu, alors vous serez les disciples de Jésus. Lui vous aimera et il viendra faire sa demeure en vous. Il vous fera connaître et aimer ses commandements, vous les garderez et vous serez dans la joie et votre joie sera parfaite et personne ne pourra vous l’enlevez.

Mais si vous êtes un pied dedans et un pied dehors, vous ne saurez garder ses commandements, vous n aurez pas de joie, vous serez des religieux médiocres, critiqués par tout le monde, vous ferez votre propre honte, vous ferez la honte de votre famille, de l’Eglise, des franciscains, vous serez un scandale public. Beaucoup ont la réputation de vivre, mais sont bel et bien morts, morts de cette maladie qui attaque beaucoup de religieux et religieuse, la maladie du contre-témoignage qui est le résultat du fait que beaucoup d’entre nous religieux et religieuse ont déjà attrapés la kwash spirituel. Soyez débout, vivants et prophètes pour notre congrégation, pour l’Eglise et pour le monde. Que la vierge Marie vous y aide.       



                                   

 

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