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Le blog de patient

proverbe

Introduction

Je crois que tout le monde aime les proverbes. Le proverbe est une sentence populaire qui fait partie de la sagesse des nations. Je me souviens durant mon enfance d'avoir entendu bon nombre de dictons énoncés par les anciens ou des membres de ma famille. Ces conseils de sagesse pratique sont communs à un groupe social et diffèrent d'une région à une autre. Ce que disent les Alsaciens dans leur langue n'a rien de commun avec les maximes des paysans de la vallée du Rhône. Ce sont des vérités d'expérience exprimées en des formules toutes faites imagées et avec un vocabulaire haut en couleur.

Un des livres de l'Ancien Testament a pour titre Les Proverbes. Comme Les Psaumes, Job, l'Ecclésiaste et le Cantique des cantiques, c'est un livre poétique. Mais au lieu des rimes, la poésie hébraïque utilise le parallélisme d'idées. Les plus simples se composent de deux vers synonymes, par exemple : Celui qui est généreux connaîtra l'abondance ; qui donne à boire aux autres sera lui-même désaltéré (Proverbes 11.25), ou qui sont en opposition avec la même vérité exprimée de façon opposée, par exemple :

 

 

            Proverbes 11.25), ou qui sont en opposition avec la même vérité exprimée de façon opposée, par exemple :

Les justes rayonnent comme une flamme joyeuse, la lampe des méchants est sur le point de s'éteindre (Proverbes 13.9).

On peut aussi avoir des comparaisons comme :

Le séjour des morts et l'abîme sont insatiables, de même, les yeux de l'homme ne sont jamais rassasiés (Proverbes 27.20).

Les variantes sont infinies et on trouve aussi des discours sentencieux qui traitent du même sujet comme la description de l'ivrognerie (Proverbes 23.29-35), ou de la paresse (Proverbes 24.30-34), ou des exhortations comme l'encouragement au travail des champs (Proverbes 27.23-27).

Le livre des Proverbes mène une réflexion sur les grandes questions que pose l'existence humaine, et à ce titre fait partie des écrits de sagesse. Les autres livres sont Job qui traite du problème de la souffrance du juste, l'Ecclésiaste qui montre la folie de l'homme, et le Cantique des cantiques qui parle de l'amour dans le couple.

Alors que la Loi de Moïse est constituée de commandements qui définissent les normes divines, la littérature de sagesse se fonde sur l'observation de la réalité du monde et de la société humaine, et sur le vécu. Elle enseigne comment vivre dans les différentes situations de l'existence.

Les proverbes abordent tous les domaines : le couple, la famille, l'amitié, les rapports entre générations, les relations commerciales, celles avec l'autorité, dans le travail, en politique, avec les animaux, la gestion des biens, la pauvreté, l'usage de la parole, l'alimentation, les tares et les vertus humaines et ainsi de suite.

Dans leur majorité, les proverbes passent d'un sujet à l'autre pêle-mêle sans ordre. Certains sont même répétés mot pour mot ou presque. Cette absence d'arrangement logique reflète la vie où nos circonstances peuvent subitement changer et où nous devons faire face en adoptant une certaine ligne de conduite. Par ailleurs, la répétition espacée des mêmes vérités imprègne mieux les esprits. Si elles étaient dites toutes ensemble les unes à la suite des autres, on s'en lasserait vite.

Cependant, en certains endroits, des proverbes concernant un même thème ont volontairement été regroupés comme pour les rapports avec le roi, avec les insensés, la paresse, les querelles ou les médisances (Proverbes 16.12-15 ; 25.2-7 ; 26.1-12, 13-16 ; 16.17-21 ; 26.22-28).

Le titre du livre est Proverbes de Salomon parce que la majorité des maximes est de son cru. Mais il n'est pas le seul auteur ni même l'éditeur des Proverbes . Cependant, c'était un écrivain prolifique. L'auteur du livre des Rois dit de lui :

Sa sagesse dépassait celle de tous les sages de l'Orient et de l'Égypte. Il surpassait tous les autres. Aussi, sa renommée se répandit parmi tous les peuples voisins. Il a prononcé trois mille sentences, et composé mille cinq cantiques. Il a parlé sur les arbres, depuis le cèdre du Liban jusqu'à l'hysope qui sort de la muraille ; il a aussi parlé sur les animaux, sur les oiseaux, sur les reptiles et sur les poissons. Il venait des gens de tous les peuples pour entendre la sagesse de Salomon, de la part de tous les rois de la terre qui avaient entendu parler de sa sagesse (1Rois 4.30-34 ou 5.10-14).

Le mot Mashal traduit par Proverbes a deux sens : comparer et dominer, ce qui convient bien, car donner des conseils est un acte d'autorité . Salomon dit de lui-même :

Non seulement le Maître fut un sage, mais il a enseigné la science au peuple. Il a pesé, examiné et mis en forme un grand nombre de proverbes. Il s'est efforcé de trouver des paroles agréables et d'écrire avec justesse des vérités. Les paroles des sages sont comme des aiguillons et les recueils de leurs sentences ressemblent à des clous bien plantés (Ecclésiaste 12.9-11).

Le mot Mashal désigne des proverbes, mais aussi des dictons, des paraboles, des paroles imagées, des sarcasmes contre un ennemi (Ésaïe 14.4), des oracles, certains discours et toutes sortes de propos émanant des sages.

Comme les Psaumes sont dans les Textes Sacrés, le livre principal de la poésie lyrique, les Proverbes sont celui de la poésie didactique. Le premier exprime une émotion, le second enseigne la sagesse. Alors que la vie de David avait été semblable à une traversée particulièrement agitée, celle de son fils Salomon fut un règne paisible, une promenade sur un lac tranquille. Dans la première situation, on prie et dans la seconde, on a le loisir de contempler, d'observer et d'émettre des sentences.

La première partie du livre des Proverbes tranche par sa forme avec les collections de maximes brèves qui suivent. En effet, les chapitres 1 à 9 se composent de discours dans lesquels un maître — ou la sagesse personnifiée — lance des appels vibrants à s'attacher à l'enseignement donné. Ces invitations rappellent celles des prophètes qui au nom de l'Éternel exhortaient le peuple à se tourner vers lui.

Dans cette section, La Sagesse personnifiée est étroitement associée à l'Éternel au point où elle s'exprime comme lui (Proverbes 1.23). Elle est également le maître d'œuvre qui a assisté Dieu dans son œuvre créatrice. Vue ainsi, La Sagesse correspond à Jésus-Christ tel qu'il apparaît dans le Nouveau Testament. Je lis quelques textes en les condensant :

Au commencement était celui qui est la Parole de Dieu. Il était avec Dieu, il était lui-même Dieu. Tout a été créé par lui ; rien de ce qui a été créé n'a été créé sans lui (Jean 1.1-4).

Ce Fils est l'image du Dieu que nul ne voit, il est le Premier-né de toute création. Car c'est en lui qu'ont été créées toutes choses dans les cieux comme sur la terre, les visibles, les invisibles, les Trônes et les Seigneuries, les Autorités, les Puissances. Oui, par lui et pour lui tout a été créé (Colossiens 1.15-17).

Voici ce que dit celui qui a présidé à toute la création de Dieu (Apocalypse 3.14).

Dans l'Évangile, Jésus est présenté comme un sage, la source et un maître de la sagesse. Je lis les passages :

Tous ceux qui l'entendaient s'émerveillaient de son intelligence et de ses réponses (Luc 2.47).

Son enseignement les remplissait d'étonnement, si bien qu'ils disaient : — D'où tient-il cette sagesse et le pouvoir d'accomplir ces miracles ? (Matthieu 13.54).

C'est moi, en effet, dit Jésus qui vous donnerai des paroles qu'aucun de vos adversaires ne pourra réfuter, et une sagesse à laquelle personne ne pourra résister (Luc 21.15).

L'apôtre Paul appelle le Christ la sagesse de Dieu et dit qu' en lui se trouvent cachés tous les trésors de la sagesse (1Corinthiens 1.24, 30 ; Colossiens 2.3). Selon le Nouveau Testament, la vraie sagesse c'est la connaissance de la personne du Christ et l'acceptation de son œuvre de salut. Sous la Nouvelle Alliance, la foi en Jésus est l'équivalent de révérer l'Éternel et l'attitude qui constitue le principe fondamental de la sagesse.

Dans les 9 premiers chapitres des Proverbes, la Sagesse est dépeinte comme une personne divine alors que dans les suivants, c'est une connaissance expérimentale basée sur la vénération de l'Éternel.

Dans cette section, l'indifférence à la sagesse est également personnifiée sous les traits de Dame Folie qui attire les gens à elle par l'intermédiaire de mauvais garçons ou de la femme adultère séductrice.

Cette première partie est suivie d'une collection (Proverbes 10.1-22.16) de 375 proverbes de Salomon qui sont surtout sous forme d'antithèses, plutôt religieux de nature, et qui présentent la royauté sous un angle très favorable.

Ensuite viennent deux assemblages de paroles des sages (Proverbes 22.17-24.22 et Proverbes 24.23-34) , qui ne sont pas nommés. Le premier se compose d'une trentaine de maximes qui sont très proches d'un texte égyptien appelé Sagesse d'Amenemopé. D'un caractère pratique, ils ont pour but de prémunir l'auditeur des dangers que représentent l'argent, la gloutonnerie ou l'ivrognerie. Comme précédemment, il y est parlé du roi en termes élogieux.

Ces paroles sont suivies par la deuxième collection de proverbes de Salomon (Proverbes 25-29). Ils ont pour base des comparaisons tirées de la nature ou de la vie humaine. Ils dénotent un climat social assez différent de ceux de la première collection. Il semble que des expériences fâcheuses ont été faites et la royauté n'est plus présentée sous un jour aussi favorable qu'auparavant.

Après Salomon et les Sages, viennent les Paroles d'Agour (Proverbes 30) dont une partie du discours est donnée sous forme de proverbes à nombres (comme Proverbes 6.16-19).

Le dernier chapitre du livre comprend d'abord l'exhortation d'une reine mère à son jeune fils (Proverbes 31.1-9) pour le prémunir contre la sensualité, la boisson, et lui recommander la sollicitude pour les pauvres. Enfin, le livre clôt avec le poème alphabétique de la femme de valeur qui enseigne comment la sagesse se vit au féminin.

Les Proverbes peignent les portraits du menteur, du paresseux ou de l'ivrogne. Ils décrivent des caractères comme le juste, le sage, le méchant ou l'insensé. Ils orientent ou conseillent les bons comportements face à diverses situations possibles. Tout comme la Loi de Moïse (Deutéronome 30.15-20), le livre des Proverbes place le lecteur à une croisée de chemins tout en lui révélant les conséquences de son choix. Ainsi, la sagesse mène à la vie alors que la folie conduit à la mort. On y trouve aussi une esquisse de tous les personnages bibliques et vous pourrez même y découvrir un proverbe qui décrit tous les gens que vous connaissez, amis ou pas, mais il n'est peut-être pas sage de le leur montrer.

La première source de sagesse populaire est les dictons qui proviennent du monde professionnel, surtout le travail de la terre et avec les animaux, mais aussi de la famille parce que c'est le contexte primordial, le creuset de l'éducation des enfants. D'ailleurs, les Proverbes recommandent plusieurs fois de rester attaché à l'instruction reçue des parents (Proverbes 1.8 ; 4.4 ; 6.20 ; 13.1 ; 15.5).

La seconde source de sagesse vient de spécialistes. En Israël, comme chez les autres peuples, il y avait des sages qui étaient généralement proches du pouvoir royal et servaient de conseillers. Ils formaient une caste à part entière au même titre que les prêtres et les prophètes (Jérémie 18.18). On sait que Salomon avait des relations avec des cours étrangères en vue de la culture de la sagesse, en particulier, avec Hiram, roi de la ville de Tyr. L'historien juif Josèphe rapporte que, selon les historiens phéniciens, les deux rois voisins s'envoyaient mutuellement des énigmes. Ils écrivent :

Hiram n'ayant pu expliquer celles que lui avait proposées Salomon, il lui paya une somme très considérable. Mais ayant depuis envoyé à Salomon un Tyrien nommé Abdémon qui lui en proposa d'autres qu'il ne put lui expliquer, Salomon lui renvoya son argent (Antiquités VIII, 5, 3).

En Égypte, les sages étaient magiciens et devins, et à Babylone, le prophète Daniel et ses amis firent partie des sages après une formation de 3 ans. L'Ancien Testament mentionne la sagesse de tout l'Orient. Les rois mages qui vinrent adorer l'enfant Jésus étaient des sages et des astronomes qui venaient d’Orient. Les sages de la cour royale israélite enseignaient aussi l'art de gouverner aux futurs dirigeants du peuple. Aujourd'hui, nous avons les professeurs de l'École Nationale d'Administration, mais on ne saurait les comparer aux sages de l'ancien Proche-Orient.

Le livre des Proverbes témoigne que Dieu a accordé intelligence et bon sens à l'ensemble des hommes et pas seulement à son peuple. Il leur permet ainsi de découvrir des vérités qui leur sont utiles dans la vie de tous les jours. Cet aspect des choses n'est pas sans rappeler les paroles de Jésus lorsqu'il a dit :

Votre Père céleste, lui, il fait luire son soleil sur les méchants aussi bien que sur les bons, et il accorde sa pluie à ceux qui sont justes comme aux injustes (Matthieu 5.45).

Le livre des Proverbes comprend plusieurs recueils qui témoignent de cette tradition de sagesse qui s'est constituée au fil du temps. Dans les discours, celui qui parle s'adresse souvent à son fils ou ses fils , ce qui est la manière pour un maître de désigner son disciple. Les Proverbes ont une portée générale, offrant un enseignement valable pour tous. Ce livre a été rédigé pour l'instruction de tout le peuple de Dieu et surtout des jeunes en vue de leur inculquer l'art de vivre dans le respect de l'Éternel.

L'idée centrale des Proverbes ouvre le livre. Je lis le verset :

La clé de la sagesse, c'est de révérer l'Éternel, mais les insensés dédaignent la sagesse et l'éducation (Proverbes 1.7).

Cette clé est répétée encore deux fois, à la fin de la première partie et du livre (Proverbes 9.10 ; 31.30). La nécessité de montrer un profond respect pour Dieu est comme une ligne conductrice qui parcourt tout le livre. Non seulement, cette attitude est indispensable pour connaître la sagesse véritable, mais elle rend heureux, prolonge la vie, permet de trouver une épouse sage et d'acquérir la prospérité (Proverbes 10.27 ; 14.26-27 ; 16.3, 20 ; 19.23 ; 22.4 ; 28.25).

Le livre des Proverbes ne dit jamais rien de faux. Par exemple, nous y lisons :

Garde ton cœur plus que toute autre chose, car de lui viennent les sources de la vie (Proverbes 4.23).

J'ai toujours pris ce passage au sens figuré, mais il est parfaitement exact au sens propre. En effet, ce n'est qu'en 1616 que le médecin anglais William Harvey commence à enseigner le rôle du cœur comme organe qui pompe le sang dans tout le corps et 12 ans plus tard, il décrit avec précision tout le système circulatoire. Quand j'étais à l'armée, notre sergent nous avait enseigné comment, lorsqu'on court, on peut se servir du fusil pour protéger son cœur, un des organes les plus vulnérables de notre corps.

Sur le plan moral, le livre des Proverbes est d'un niveau très élevé. Aucun autre ouvrage rédigé par des sages n'atteint un tel sommet. On dit de Socrate qu'il était un grand moraliste ; peut-être bien, mais n'empêche qu'il fut accusé d'impiété et de corruption de la jeunesse.

Les Proverbes véhiculent une certaine théologie de la rétribution, enseignant que nos actes et notre manière de vivre produisent des conséquences et que ceux qui empruntent la voie de la sagesse sont récompensés. Cela semble évident, mais il est bon de le rappeler parce que nous avons la mémoire courte. Dans le Nouveau Testament, l'apôtre Paul écrit :

Ne vous faites pas d'illusions, Dieu ne se laisse pas traiter avec mépris. Il ne permet pas qu'on se moque de lui. On récolte toujours ce qu'on a semé. Celui qui sème pour sa chair moissonnera de la chair la corruption (Galates 6.7-8).

Dans un autre texte, Paul exhorte à ne pas se conformer au monde actuel en tant que système, mais à cultiver le discernement de la volonté divine (Romains 12.2).

La sagesse des Textes Sacrés n'est donc pas une simple adaptation de la sagesse universelle purement humaine, car le livre des Proverbes en souligne son caractère déficient. De nombreux proverbes invitent le lecteur à ne pas se reposer sur sa propre intelligence, mais à se confier pleinement en l'Éternel. Je cite un passage :

Mets ta confiance en l'Éternel de tout ton cœur, et ne te repose pas sur ta propre intelligence. Cherche à connaître sa volonté pour tout ce que tu entreprends, et il te conduira sur le droit chemin. Ne te prends pas pour un sage, révère l'Éternel et détourne-toi du mal (Proverbes 3.5-7).

Je n'ai pas toujours obéi à cette exhortation et m'en suis trouvé mal. Le livre des Proverbes bannit toute prétention à une sagesse autonome, acquise par la seule intelligence humaine. La sagesse véritable ne peut venir que de Dieu et se reçoit dans la soumission à sa Parole et à son Esprit. Même si les Proverbes de l'Ancien Testament ressemblent à ceux des peuples non israélites par leur contenu, ils sont fondamentalement différents en ce qu'ils enseignent que la vraie sagesse est un art de vivre devant Dieu, pour lui et avec lui dans le monde et avec les êtres qu'il a créés.

 

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